Tao Te King

tao te kingMais qu’est exactement la Sainte Paresse?

C’est avant tout une révolution intime avant d’être une révolution sociale. Ou plus précisément une révolution de l’intime. Une capacité de « ne rien faire », de s’abstraire des multiples activités quotidiennes, de ne plus être possédé par la volonté d’agir, pour se « maintenir dans la quiétude » (Tao Te King 16).
Cela ne veut évidemment pas dire regarder la télévision, lire des romans, sortir avec des amis. Toutes les formes de distraction, de divertissement, participent pleinement à l’agitation générale et sont absolument opposées à la Sainte Paresse.

En revanche, ceux qui ont la capacité de couper le flux des préoccupations, qui aiment regarder l’herbe pousser, contempler l’océan, se perdre dans les nuages, le blanc de la neige ou le bleu du ciel sont sur le chemin de la Sainte Paresse, ils savent naturellement s’ouvrir à cette autre dimension de la vie qui est la Vie dans sa pleine réalité, son intime présence, en dehors de la folie qui pousse à toujours désirer, vouloir. Ils sont aptes à saisir cette simplicité première.

Mais cette faculté qui est naturelle à certains s’apprend.

D’ailleurs, des thérapeutes intelligents enseignent aux personnes atteintes de dépression à devenir attentives à leur environnement immédiat: un chat qui passe, l’arbre au loin, le bruit du vent dans les feuilles, un insecte sur le mur.

Contrairement à ce que fait la psychanalyse qui recherche l’origine d’une souffrance et continue de ce fait l’agitation naturelle à notre époque, cette pratique demande une attention autre, décalée. Il s’agit de se focaliser autrement.

C’est ainsi que certaines personnes vivant dans une ville côtière ont pris conscience de l’omniprésence des oiseaux marins. Une présence qu’elles n’avaient jamais remarquée auparavant, tellement elles étaient prises par l’agitation générale qui régit tous les domaines de notre existence.

En développant cette capacité si simple et pourtant si difficile à réaliser pour certains, on entre dans une relation d’harmonie avec la nature. Car la nature obéit à la Sainte Paresse. Elle en est l’expression. Sans cesse elle « agit sans agir ». Elle est la parfaite illustration du Wu Wei.

Ceux qui ont observé les oiseaux savent qu’ils passent beaucoup de temps à « ne rien faire ». Ils ne se lissent même pas les plumes. Ils demeurent immobiles ou bien planent très haut dans le ciel sans nécessité, par pur plaisir. S’ouvrir à la Sainte Paresse, c’est devenir un peu oiseau ou un peu taoïste, ce qui est presque la même chose puisque les immortels taoïstes étaient représentés avec des plumes, pour marquer leur affinité avec le ciel.
La perte de cette capacité naturelle qui était générale chez beaucoup de peuples orientaux a amené l’Occident au bord du gouffre.

Notre société débordante d’activités, de mouvements, est à l’image de celui qui « remplit sans cesse » et « ferait mieux de s’arrêter » dont parle Lao Tseu (Tao Te King 9) ou de celui qui, selon une autre image,  » sans cesse affûte un glaive » et « dont la lame sera vite usée » [9].
Finalement, le monde moderne ne souffre pas d’un désordre économique ou moral – ce sont des conséquences – mais d’un manque de paresse.

Erik Sablé « Sagesse libertaire taoïste : Introduction à la Sainte Paresse »

 
 

Merci pour vos commentaires inspirants!

 

Comments

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  1. roubaud’s avatar

    Bonjour à vous, ce message tombe à pic, la sainte paresse me plait beaucoup, je la pratique régulièrement parfois avec un soupçon de culpabilité, mais en lisant ce merveilleux texte, il m’apporte ce matin, la conscience de lacher prise avec mes vieux jugements qui m’empêchent de vivre simplement ce qui est la! Encore merci pour votre présence, et vos précieux messages.

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  2. Aline’s avatar

    Je viens de réaliser dernièrement que je pratiquais régulièrement cette « sainte paresse » jusqu’à l’âge de 11 -12 ans où je suis devenue myope…depuis peu , je recommence et étrangement ma vue s’améliore…

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  3. Véronique’s avatar

    bonjour à tous, il est vrai que lorsque j’avais environ 12 ans jusqu’à 14 ans, même peut-être avant je paraissais : je regardais pendant des heures les nuages, j’imaginais plein de personnages, des animaux, des forêts, bref! tout ce qui me sortait de la tête et surtout ce que je voyais à travers eux. j’aimais énormément ces moments pleins d’imagination, je regardais également les papillons qui butinaient les fleurs, je m’allongeais dans l’herbe et là aussi j’y voyais toute une vie que je ne connaissais pas. mais il a fallu me conformer à la vie matérialiste…………….

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