Le regard qui transforme

Aujourd’hui, je vous présente Robert Geoffroy que je connais depuis plusieurs années. Ici, ce n’est pas l’ami qui m’a aidé à traduire notamment la série des dix émissions avec Eckhart Tolle qui fait l’objet de cette publication, mais le praticien en relation d’aide qu’il est depuis une vingtaine d’années. Il est aussi l’auteur de deux livres, le dernier publié récemment sous la forme d’un eBook, disponible sur Amazon et intitulé « Le regard qui transforme« .

 

En consultation, Robert Geoffroy nous permet si rapidement d’arriver au cœur de ce qui nous préoccupe, de ce qui nous frustre ou nous désespère, que je me demande s’il ne doit pas sa « vision pénétrante » à la cécité qu’il a contractée avant l’âge de 11 ans. Je l’ai invité à nous parler un peu à bâtons rompus (comme il dit le faire dans sa chronique mensuelle).

Thierry – J’aimerais que tu nous dises sur quoi repose ton goût pour la relation d’aide.

Robert – J’aime bien l’invitation, la formulation. J’ai un vrai goût pour la relation d’aide, précisément parce qu’elle est de la relation, de la vraie relation. L’expérience montre que chaque consultation (d’une heure trente à deux heures) affecte à la fois la personne qui reçoit la séance et celle qui la donne (moi-même en l’occurrence). Face à une personne qui se libère, se transforme, s’éveille, tout témoin ressent une certaine élévation de coeur. Rappelez-vous ce que vous avez peut-être pu ressentir une fois ou l’autre en présence d’une personne qui, venant par exemple d’apprendre une bonne nouvelle, se met généreusement à exprimer sa joie. Vous-même avez pu en recevoir quelque chose !

T. – Dans ton dernier livre, tu parles des cinq blessures humaines que sont l’abandon, la dévalorisation, la maltraitance, le rejet et la trahison. Il semblerait qu’elles occupent une place prépondérante dans ta façon d’aborder le travail personnel. Qu’en est-il ?

R. – Les gens me consultent, parce qu’ils se sentent mal (en général, évidemment), parce qu’ils sont confrontés à des situations problématiques, à des conflits relationnels, à un mal de vivre plus ou moins marqué, à des conditions de vie difficiles de tous ordres (impliquant l’argent, le travail, le corps, la sexualité, autrui, etc.). Quoi qu’il en soit, ils n’aiment pas – et c’est un euphémisme – ce « truc pénible » qui les a amenés à mon cabinet ou à me téléphoner. Il s’avère, à travers le problème incriminé, qu’ils se sentent en réalité traités bien mal, traités d’une certaine façon, façon fort désagréable, traités comme ils n’aiment pas être traités, traités comme ils voudraient bien ne pas être traités…

T. – Peux-tu nous donner un exemple ?

R. – Eh bien, si vous vous rendez à votre travail à reculons, à la pensée de retrouver ce responsable ou ce collègue qui « va encore vous miner le moral », vous pourriez peut-être reconnaître que vous éprouvez qu’il abuse, qu’il vous ignore trop ou qu’il vous rabaisse à la moindre occasion (par exemples). Or, si c’est le manque d’argent ou une surcharge de travail que vous déplorez, peut-être reconnaîtrez-vous l’impression de ne pas être aidés, d’être laissés pour compte ou encore d’être accablés. Bref, dans tous les cas, vous en venez à identifier une façon spécifique d’être traités, autrement dit « d’être blessés ». L’une de vos blessures est ainsi pointée, révélée, nommée…

Quand on ne se sent pas bien, on résiste à une façon particulière d’être traité. Au bout du compte, ce qui importe n’est pas le collègue, l’ami, le parent, la vie, le monde, la malchance, l’injustice, la maladie, l’hérédité, mais la façon dont on se sent traité. Tout doucement, on va découvrir qu’on s’est souvent senti traité de la sorte dans sa vie, depuis toujours, depuis sa prime enfance. Cette façon de se sentir traité parle de l’une ou l’autre des cinq blessures que tu as énumérées plus avant. Voyons si l’on peut résumer les choses en quelques paragraphes :

Tout un chacun déplore dans sa vie quelque problème (ennuis de santé, conditions de travail difficiles, difficultés pécuniaires, conflits relationnels…) sans soupçonner généralement que la préoccupation du moment ne fait que réactiver une douleur enfouie en soi. On tente alors de résoudre ce problème apparent (pour peu qu’on ne soit pas résigné). Il arrive même qu’on parvienne à trouver une « solution » jusqu’à ce que la douleur non considérée soit une fois de plus ravivée à la faveur d’un nouveau problème.

Maintenant, si l’on considère la manière dont on se sent traité à travers le problème même ou de façon plus directe par une personne ponctuellement impliquée, on en vient (avec un peu d’entraînement) à reconnaître des ressentis familiers. On les a déjà éprouvés ! Ils nous renvoient à notre enfance. Autrement dit, nos épreuves actuelles nous parlent de ce que nous n’avons pas pu évacuer des douleurs passées accumulées. Et « ça parle si bien », en effet, que nous pouvons accueillir et écouter ce que nous racontent nos problèmes. Nous gagnons beaucoup à le faire ! C’est bientôt « guérir » la cause et non plus seulement l’effet. L’attention accordée à un enfant en peine (enfant que nous avons été ou tout autre) n’implique aucunement a priori de désigner des coupables.

En somme, ce que nous avons concrètement vécu en tant qu’enfants est bien moins important que la manière dont nous nous sommes sentis traités (à tort ou à raison). Chose remarquable, il n’y a pas mille manières de se « sentir traité », même si l’intensité du ressenti varie et s’il convient de tenir compte de nuances observables. Ainsi, selon son histoire, on va se sentir abandonné (oublié, négligé…), dévalorisé (rabaissé, ridiculisé…), maltraité (malmené, harcelé…), rejeté (repoussé, ignoré…), trahi (trompé, abusé…). Reconnaissons les cinq grandes blessures que sont l’abandon, la dévalorisation, la maltraitance, le rejet, la trahison avec leurs tonalités respectives. Ces blessures sont autant de conditionnements spécifiques qui engendrent chacun une personnalité particulière.

On ne pense pas de la même façon si l’on s’est senti abandonné plutôt que rejeté. On agira différemment si l’on s’est senti trahi plutôt que dévalorisé. Bref, la blessure principale d’une personne lui impartira des peurs, des croyances, des réactions tout à fait distinctives. Quand on a identifié l’attitude réactionnelle d’une personne, on connaît aussi sa blessure. Une personne typiquement plaintive, par exemple, a vécu de la maltraitance dans son enfance (il est rare qu’elle ne se le rappelle pas).

Le livre aide à identifier notre propre blessure principale (ainsi que nos blessures secondaires) et à commencer à y faire face. La prise en compte de nos blessures nous permet de reconnaître nos identifications, de nous rapprocher ce faisant de notre véritable nature, de qui nous sommes au-delà de nos conditionnements. Et quand nous avons reconnu la réalité des blessures humaines, nous avons également plus de compassion envers nos proches et le monde.

T. –Peux-tu en dire un peu plus sur l’intérêt à identifier et à considérer sa blessure ?

R. – Ou ses blessures ! La conscience est transformatrice. Nommer ainsi les choses, c’est en quelque sorte dire plus clairement « ce qu’on n’aime pas », s’avouer ce qu’on ne veut pas. Et quand on sait ce qu’on ne veut pas, on reconnaît par voie de conséquence ce qu’on veut, ce à quoi l’on aspire. Quand vous basculez votre attention si longtemps accaparée par ce qu’on n’aime pas sur ce qu’on aime, sur ce qu’on apprécie, la vie se transforme à son avantage.

En tant que thérapeute, si je peux toujours écouter la personne qui me confie son mal-être, si je peux l’encourager à s’exprimer davantage, je ne peux lui faire aucune proposition sérieuse ou efficace tant que je méconnais sa blessure. Heureusement, cette dernière est identifiée dès les premières minutes de la première séance.

T. – Tu parles de séances, de consultations : de quoi s’agit-il concrètement ?

R. – Quand ils le peuvent, les gens viennent à mon cabinet – généralement pour une période assez courte. Par convenance personnelle, d’autres prennent des séances par téléphone. Je pratique également la thérapie en ligne, réservée en général aux personnes familières du travail sur soi ou qui se trouvent sans autre moyen d’expression.

Par ailleurs, j’ai récemment mis en place un groupe de discussion Internet consacré aux cinq blessures et j’invite tes amis internautes à nous y rejoindre. C’est gratuit !

http://groups.google.com/group/5blessures

T. – Peut-on savoir ce qu’est ta formation, ce que sont tes bagages ou ce qui sous-tend le cheminement que tu proposes ?

R. – Sans aucune prétention, je me considère un peu comme un chercheur ou mieux encore un observateur du fonctionnement humain et chez l’être humain, c’est essentiellement l’être qui retient mon attention. S’il y a par exemple notre blessure principale, il y a surtout l’être qui demeure aux commandes, qui a toujours créé sa réalité humaine et qui peut à tout moment la créer de façon délibérée. La pratique ou la vision impliquée n’est conférée par aucun diplôme universitaire ! Je suis un autodidacte et je confie que la cécité a été et demeure un « laboratoire privilégié ».

L’être humain et son « fonctionnement » m’intéressent depuis une quarantaine d’années et j’aurais un peu de mal à énumérer les thérapies et enseignements que j’ai suivis, mes expériences diverses, les livres que j’ai étudiés… Pour la période récente, disons que les enseignements d’Eckhart Tolle et de Hale Dwoskin m’inspirent grandement.

À ta convenance, je serai heureux de répondre aux questions ou commentaires que pourrait susciter notre échange. J’ai apprécié et j’apprécierai toujours la possibilité de collaborer avec toi à toute oeuvre commune. J’apprécie ce que tu rayonnes !

T. – C’est vraiment réciproque Robert, et je te suis infiniment reconnaissant de pouvoir moi-même profiter depuis quelques années de tes qualités d’écoute, de ton approche et de ta conscience de thérapeute lumineux, clairvoyant et puissamment inspiré qui me permet efficacement de « détendre » et dénouer des « nœuds » dans lesquels parfois je m’emmêle.

 

Je vous invite à découvrir le travail remarquable de Robert, ainsi que son parcours hors du commun, à travers son site (http://www.geoffroyrobert.com), ses livres (« Le regard d’un non-voyant » (en lui commandant directement) et « Le regard qui transforme » (lien vers Amazon)), à vous abonner à sa « chronique du mois » qui est une véritable bouffée de lumière mensuelle pour ses abonnés depuis bientôt 7 ans (abonnement gratuit) et à le contacter si vous avez besoin d’un soutien ponctuel, d’un travail thérapeutique ou, en étant aidé à identifier votre blessure principale, pour goûter à une expérience heureuse du « regard qui transforme ».

 
 
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Commentaires

commentaires

  1. dornat’s avatar

    j’ai adoré votre présentation à tous les deux du regard qui transforme. Je m’y retrouve tant!Je vois aussi des traductions d’eckart tolle!! !J’ai commencé un travail sur moi meme, seule (pas toujours facile!et le livre qui m’a beaucoup aidé et m’aide encore est le pouvoir du moment présent.jai l’impression d’avancer doucement, de monter pas à pas les marches de mon « escalier », alors je suis très heureuse d’etre ici à vous ecrire thierry et g.r. ce n’est pas un hasard si je suis tombée sur vous j’en suis sure!!cela ne peut que me fortifier pour mon avancement. MERCI ,

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  2. Véronique’s avatar

    bonjour Robert, je suis très contente de vous avoir lu, les 5 blessures sont très importantes à identifier car, en effet, elles vont à la recherche des blessures de notre enfance, quant à moi, je dirai même plus loin elles peuvent aussi provenir pour certaines de blessures de vies antérieures non résolues et j’en suis la preuve concrète.
    je m’explique dans le ventre de ma mère je me sentais coupable lorsque ma mère pleurait, et bien sûr tout le restant de ma vie jusqu’à ce que je me soigne je l’étais pour tout et pour rien. je suis née avec un dysfonctionnement au pancréas, ce qui faisait que je renvoyais tous mes biberons et qu’au lieu de grandir je rapetissais, j’avais un foie le double de la normale. ma mère s’est beaucoup occupée de moi et c’est grâce à elle que je suis encore vivante, elle allait voir régulièrement son médecin traitant et un jour un jeune remplaçant lui a conseillé de me donner de la viande de cheval crue et petit à petit j’ai pu grandir, bien sûr avec toute une panoplie de médicaments. voilà ma contribution et merci pour votre beau travail.
    Véronique

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  3. MAZEL’s avatar

    le lien avec l’adresse courriel ne fonctionne pas:pouvez vous me communiquer l’adresse courriel?
    Merci de votre attention
    Gérard

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    1. adminblogbug’s avatar

      L’adresse est infos(arobase)geoffroyrobert.com .
      Merci à vous Gérard.
      Amicalement
      Thierry

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